Produits et charges
Ce qui fait gagner de l’argent à l’usine, ce qui lui en coûte… et le reste.
Le tri
Une usine comme Théo-Cola transforme des choses : elle achète des matières, les transforme avec ses salariés et ses machines, puis vend le résultat plus cher qu’il ne lui a coûté. Théo-Cola achète de l’eau, du sirop et des canettes vides, paie des salariés et de l’électricité, puis vend des canettes pleines à Carrefour, Leclerc et aux cafés du coin.
Tout ce que l’usine vend, ce sont ses produits. Tout ce qu’elle consomme pour y arriver, ce sont ses charges. Produits − charges = résultat. S’il est positif, c’est un bénéfice ; négatif, une perte.
Une journée à l’usine
Suis Lucas, le chef d’atelier, de 6 h 45 à 18 h. Colette traduit chaque étape en langage comptable.
Atelier de productionPrêt à démarrerPrépare la production, puis lance la journée.
8 000 canettes / jourÀ 0,60 € : 4 800 € de ventes.
2 millions de canettes / anSur 250 jours : 1,2 M€ de chiffre d’affaires.
Le tri de Colette
Tu tiens les comptes de Théo-Cola. Pour l’usine, chacune de ces 10 opérations est-elle un produit, une charge… ou ni l’un ni l’autre ?

Attention : un mouvement d’argent n’est pas toujours un produit ou une charge. Acheter une machine ou emprunter relève du bilan. On y revient au chapitre 5.
Les marges
Combien te rapporte vraiment une canette vendue à 0,60 € ?
Le point mort
Toutes les charges ne se comportent pas pareil. Les charges variables grimpent avec chaque canette produite : sirop, canette vide, et l’électricité consommée par les machines pour la remplir. Les charges fixes tombent chaque mois, même si l’usine tourne au ralenti : salaires, loyer, assurance, amortissement des machines (la même somme chaque année).
Ce qui reste d’une canette une fois payées ses charges variables s’appelle la marge sur coût variable. Elle sert à payer les charges fixes. Le point mort, c’est le nombre de canettes à partir duquel tu ne perds plus d’argent.

Une canette décortiquée
- Marge brute : prix de vente − matières (sirop, canette, eau et CO2). Ici 0,38 € par canette, soit 63 % du prix.
- Marge sur coût variable : on retire aussi l’électricité que consomment les machines pour remplir chaque canette (0,02 €). C’est elle qui paie les charges fixes.


Trouve le point mort
Charges fixes : 565 000 € par an. Règle le volume pour atteindre un résultat proche de zéro (à 10 000 € près), puis joue avec le prix et le sirop.
Le compte de résultat
Le film de l’année, du chiffre d’affaires au bénéfice.
Les trois étages
Le compte de résultat raconte une année entière, du 1er janvier au 31 décembre. Il range les produits et les charges en trois étages :
L’exploitation, c’est le métier : fabriquer et vendre du cola. Le financier, c’est ce que coûte l’argent emprunté (les intérêts payés à la banque) et ce que rapporte l’argent placé. L’exceptionnel, c’est ce qui arrive rarement et ne dépend pas du métier : un incendie, une inondation. En descendant la cascade, on voit à quel endroit la valeur se crée et à quel endroit elle part.

Le compte de résultat 2026
Clique sur une ligne : Colette t’explique.
2026
Du chiffre d’affaires au résultat net

Clique sur une ligne du compte de résultat.

Les soldes intermédiaires de gestion (marge, valeur ajoutée, EBE) sont les paliers de la cascade. L’impôt sur les sociétés est simplifié à 25 %.
À quel étage ?
Six événements. Exploitation, financier ou exceptionnel ?

Un indice : depuis 2025, les règles comptables françaises réservent l’exceptionnel aux événements majeurs et inhabituels.
Source : règlement ANC n° 2022-06, applicable aux exercices ouverts depuis le 1er janvier 2025. La vente d’une immobilisation (un vieux camion) relève désormais de l’exploitation.
Dotations et reprises
Étaler l’usure, prévoir le risque, et revenir en arrière quand le risque disparaît.
La provision
Une dotation aux amortissements constate l’usure d’une machine. Tu achètes une ligne d’embouteillage 300 000 € qui va servir dix ans : il serait faux de faire payer toute la machine à la seule année d’achat. On étale donc : 30 000 € de charge par an pendant dix ans. L’argent, lui, est sorti d’un coup.
Une dotation aux provisions anticipe une perte probable dont le montant est incertain : un procès, un client qui risque de ne jamais payer. Quand le risque disparaît ou se réalise, on annule la provision : c’est une reprise, qui apparaît en produit. Dotations et reprises changent le résultat, jamais la trésorerie.

L’amortissement de la ligne n°2
300 000 € payés en janvier 2027. Choisis sur combien d’années la machine va servir.



Le procès aux prud’hommes
En 2028, un ancien salarié réclame 30 000 €. Colette provisionne. En 2029, le juge tranche. Compare les différents verdicts.

Le principe de prudence : on enregistre les pertes probables dès qu’on les voit venir. Les gains, seulement quand ils sont acquis.
Choisis un verdict




Le bilan
La photo de l’entreprise le 31 décembre au soir.
Le BFR
Le compte de résultat est un film ; le bilan est une photo. À droite, le passif dit d’où vient l’argent : les associés (capitaux propres), la banque (emprunts), les fournisseurs qu’on n’a pas encore payés. À gauche, l’actif dit ce qu’on en a fait : des machines, du stock, des factures clients pas encore encaissées, du cash. Les deux colonnes sont toujours égales.
Le haut de bilan, c’est le long terme : les machines d’un côté, les fonds propres et emprunts de l’autre. Ce qui reste des ressources longues une fois les machines payées s’appelle le fonds de roulement (FR). Le bas de bilan, c’est le cycle de tous les jours : stocks, clients, fournisseurs. L’argent bloqué dans ce cycle s’appelle le besoin en fonds de roulement (BFR). Et la règle d’or : trésorerie = FR − BFR.

Le bilan au 31 décembre 2026

Carrefour veut passer de 60 à 90 jours pour te payer. Mets le délai clients à 90 jours, puis trouve des leviers pour garder au moins 150 000 € de trésorerie.
Tes leviers



Fonds de roulement
BFR
Trésorerie
Délais en jours de chiffre d’affaires (clients) et d’achats (fournisseurs, stocks). L’usine vend pour 1,2 M€ par an.
Bilan comptable au 31 décembre 2026
Résultat et trésorerie
Gagner de l’argent sans en avoir, en avoir sans en gagner.
Le double effet
C’est la notion qui surprend tous les débutants. Le résultat mesure ce que l’entreprise gagne. La trésorerie mesure l’argent qu’elle a sur son compte. Les deux bougent rarement ensemble.
Une entreprise peut afficher un beau bénéfice et faire faillite parce que ses clients paient trop tard. On meurt rarement d’une perte, souvent d’un manque de cash.

Devine le double effet
Pour chaque opération, devine ce qui arrive au résultat de l’année et à la trésorerie, aujourd’hui.
Résultat de l’année
Trésorerie aujourd’huiChoisis un effet sur le résultat et un effet sur la trésorerie pour chaque opération.
Aux commandes
Trois exercices, de 2027 à 2029. Tes décisions, tes comptes.
Le gérant
Chaque année, Gaston, Lucas et Colette t’apportent les nouvelles. Tu fixes le prix, le budget pub, le délai accordé aux clients, tu décides d’investir ou non dans une deuxième ligne et de verser des dividendes. Puis tu clôtures l’exercice : Colette te remet le compte de résultat et le bilan.
Une règle : si ta trésorerie descend sous −150 000 €, la banque coupe le découvert. C’est la cessation de paiements.
Ta planche
Ce que tu as compris, écrit avec tes propres réponses.
