Trois millions d'années sans écriture : des espèces humaines qui se croisent, une planète gelée où l'on marche de la Sibérie à l'Alaska, des peintures dans le noir, puis un jour, des champs de blé.
Minuit pile, il y a 3,2 millions d'années : Lucy marche en Éthiopie. Minuit suivant : c'est aujourd'hui. Place chaque événement à l'heure où tu l'imagines.
On imagine souvent une échelle : un singe, puis un homme un peu plus droit, puis nous. Fais ton pari avant de regarder.
Échelle logarithmique : chaque graduation divise le temps par 10. Durées approximatives, revues à chaque nouvelle fouille.



Harari insiste : pendant l'essentiel de notre histoire, nous n'étions pas seuls. Plusieurs humanités ont partagé la planète, et se sont parfois mélangées.
Ce que dit l'ADN. Tous les humains nés hors d'Afrique portent environ 2 % de gènes néandertaliens. Les Papous et les Aborigènes d'Australie portent aussi quelques pour cent d'ADN dénisovien. Nos ancêtres ne se sont donc pas seulement croisés : ils ont eu des enfants ensemble.
Des traces de feu vieilles d'environ un million d'années existent (grotte de Wonderwerk, Afrique du Sud), mais l'usage quotidien du feu se généralise vers 400 000 ans. Cuire, c'est prédigérer : selon l'hypothèse du primatologue Richard Wrangham, la cuisson aurait libéré de l'énergie pour un cerveau plus gros et raccourci l'intestin.
Hypothèse discutée, mais un fait est sûr : aucun autre animal ne cuisine.
Fais avancer le temps. Repère les obstacles que nos ancêtres ont dû franchir : déserts, détroits, glaces, océans.
Que remarques-tu sur l'Australie, peuplée avant l'Europe ?
Même au plus froid de l'ère glaciaire, il restait des bras de mer d'au moins 70 à 90 km entre l'Asie et l'Australie (la ligne Wallace). Tu viens de retrouver une découverte majeure : il y a plus de 50 000 ans, des humains savaient déjà naviguer en haute mer. On n'a retrouvé aucune de leurs embarcations, seulement leurs traces de l'autre côté.
Partout où Sapiens arrive, les grands animaux disparaissent : diprotodons en Australie, mammouths, mastodontes et paresseux géants en Amérique.
Harari parle d'un « tueur en série écologique ». Beaucoup de chercheurs rappellent que le climat changeait brutalement au même moment (fin de l'ère glaciaire) et que les deux causes se sont sans doute additionnées. Le débat reste ouvert, continent par continent.
Il y a 21 000 ans, au plus froid, d'énormes glaciers stockaient une partie de l'eau des océans. Baisse toi-même le niveau de la mer et regarde ce qui apparaît.
Approximation : la carte découvre tout le plateau continental jusqu'à −200 m (donnée Natural Earth), un peu plus que la réalité à −120 m. Calottes glaciaires dessinées à grands traits.

En 1985, le plongeur Henri Cosquer trouve, près de Marseille, une galerie qui s'ouvre à 37 m sous la surface. Elle remonte jusqu'à une salle restée hors de l'eau, couverte de chevaux, de bouquetins… et de pingouins, peints entre 33 000 et 19 000 ans.
À ton avis, par où entraient les peintres ?
Remets le curseur à −120 m : la côte était alors à plusieurs kilomètres. L'entrée était à pied sec, au flanc d'une falaise. La mer a noyé une partie des grottes ornées du littoral.
Les grottes n'avaient aucune lumière naturelle. Les artistes travaillaient à la lampe à graisse animale, une flamme qui tremble. Prends la lampe et explore la paroi.
Promène la flamme sur la paroi
Que remarques-tu sur ces chevaux quand la flamme bouge ?
Les têtes se chevauchent, certaines bêtes ont plusieurs contours de pattes ou de dos. À la lueur tremblante, elles semblent bouger. Le préhistorien Marc Azéma y voit une façon de suggérer le mouvement : une sorte de dessin animé avant l'heure. C'est une hypothèse, mais les artistes jouaient sûrement avec la lumière et avec les bosses de la roche, qu'ils utilisaient pour donner du volume.
Image : réplique de musée, photo HTO, domaine public. Grotte découverte le 18 décembre 1994 par Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel et Christian Hillaire. Peintures d'environ 36 000 ans. La vraie grotte est fermée au public ; une réplique, la grotte Chauvet 2, l'est depuis 2015.

Lions, rhinocéros, mammouths : surtout des animaux dangereux, rarement chassés.

Découverte en septembre 1940 par quatre adolescents, dont Marcel Ravidat, 17 ans. Aurochs, chevaux, cerfs.

En 1879, María, 8 ans, lève les yeux vers le plafond. Son père publie la découverte, on l'accuse de faux. Les savants ne s'excusent qu'en 1902.

Des mains soufflées au pigment, comme à Chauvet ou Cosquer : le même geste, sur tous les continents.
Selon Harari, entre 70 000 et 30 000 ans, Sapiens acquiert un langage capable de parler de choses qui n'existent pas : esprits, ancêtres, lions-hommes.
Ce qui fait débat : l'archéologie montre plutôt une montée progressive (ocre gravée de Blombos, en Afrique du Sud, vers 73 000 ans). Mais l'idée centrale tient : croire ensemble aux mêmes récits permet de coopérer à des milliers. La salle Sapiens creuse cette idée →
Vers 11 500 ans avant aujourd'hui, au Proche-Orient, des humains cultivent du blé et gardent des chèvres. Puis la même idée naît ailleurs, sans contact. Clique sur chaque foyer.
Au moins sept régions du monde ont inventé l'agriculture indépendamment. Clique sur un point.
Dates en années avant aujourd'hui, fourchettes larges : la domestication a pris des siècles, voire des millénaires. Le chien, lui, a été domestiqué bien avant, par des chasseurs-cueilleurs, il y a au moins 15 000 ans.
Modèle simplifié, en ordres de grandeur, inspiré des fouilles et des études de sociétés de chasseurs-cueilleurs. Fais passer les siècles.
Passe en mode « Agriculteurs » et fais avancer le temps. Qu'est-ce qui augmente, qu'est-ce qui baisse ?
Alors pourquoi personne n'est-il revenu à la cueillette ?
Harari renverse la question : ce n'est pas l'homme qui a domestiqué le blé, c'est le blé qui a domestiqué l'homme. Il parle de la « plus grande escroquerie de l'histoire ».
Ce qu'on lui répond : personne n'a « choisi » l'agriculture d'un coup, la transition a pris des millénaires et beaucoup de groupes mélangeaient chasse, cueillette et cultures. Et sans surplus agricoles, pas de villes, pas d'écriture, pas de médecine. Le constat sur la santé des premiers paysans, lui, est largement confirmé par les squelettes.

Des piliers de pierre de plusieurs tonnes, sculptés de renards, de sangliers, de vautours… dressés par des chasseurs-cueilleurs, avant l'agriculture. Son fouilleur, Klaus Schmidt, résumait : d'abord le temple, ensuite la ville. Et si la croyance avait précédé le champ ?
Photo : Kerimove, CC0.

Plusieurs milliers d'habitants, des maisons collées les unes aux autres, sans rues : on circule sur les toits et on entre par une trappe, à l'échelle. Schéma : maisons vues de dessus, trappes d'accès.

Trouvé en 1991 dans un glacier entre l'Italie et l'Autriche. Il portait une hache en cuivre, 61 tatouages, et une pointe de flèche dans l'épaule. Il est mort à l'époque où, en Mésopotamie, on inventait l'écriture.
Reconstitution, photo : Melotzi5713, CC BY-SA 4.0.