Pourquoi un billet de papier vaut-il quelque chose ? Pourquoi des millions d'inconnus coopèrent-ils sans se connaître ? Le best-seller Sapiens de Yuval Noah Harari propose une réponse : nous sommes la seule espèce qui croit ensemble à des histoires. Mets-la à l'épreuve.
Voici les 300 000 ans de notre espèce, d'Homo sapiens à aujourd'hui. Clique à l'endroit où, selon toi, les humains se mettent à cultiver la terre.
Dans un groupe, chacun doit savoir qui s'entend avec qui, qui ment, qui partage. Compte les liens avant qu'on te donne la réponse.
Un groupe de 5 personnes. Combien de liens (de paires) vois-tu ?
Et pour 20 personnes ? Plus question de compter un par un.
Piste : chaque personne a un lien avec chacune des autres… mais un lien relie toujours deux personnes.
Chacun des n membres a n − 1 liens, et chaque lien est compté deux fois : il y a n × (n − 1) ÷ 2 relations. Fais monter le curseur jusqu'à 150.
L'anthropologue Robin Dunbar a estimé (1992-1993) qu'un humain peut entretenir des liens personnels stables avec environ 150 personnes. Harari en tire une idée : jusqu'à cette taille, le commérage suffit à faire tenir un groupe. Au-delà, il faut autre chose : une histoire à laquelle tout le monde croit (un dieu, une tribu, une nation, une entreprise). C'est ce qui permet à des milliers, puis des millions d'inconnus de coopérer. Il situe cette capacité vers 70 000 ans : c'est sa révolution cognitive.
Ce qui fait débat. Le « nombre de Dunbar » est contesté : une étude de 2021 (Lindenfors et al.) a refait le calcul et trouve une fourchette énorme, de 2 à 520. Et beaucoup de préhistoriens pensent que le langage et la pensée symbolique sont apparus progressivement, bien avant 70 000 ans, plutôt que d'un coup.
Tu tiens un étal dans un village sans argent. Pour échanger, il faut connaître le prix de chaque marchandise en chacune des autres : « une chèvre, c'est combien de paniers de pommes ? »
Avec 12 marchandises, combien de prix faut-il connaître ?
Monte à 12 marchandises, puis clique sur Inventer une monnaie : tout le monde accepte des coquillages en échange de tout. Que remarques-tu ?
Tu viens de retrouver l'argument d'Harari. Sans monnaie, avec n marchandises, il faut retenir n × (n − 1) ÷ 2 prix : 66 pour 12, près d'un demi-million pour 1 000. Avec une monnaie, il en suffit de n. L'argent est un convertisseur universel : il transforme n'importe quoi en n'importe quoi d'autre.
Ce qui fait débat. Ce marché de troc est une expérience de pensée. L'anthropologue David Graeber (Dette : 5 000 ans d'histoire, 2011) rappelle qu'on n'a jamais observé de société fondée sur le troc pur : entre voisins, on se fait surtout crédit (« tu me rendras »). Le crédit est sans doute plus ancien que les pièces.
Avant d'ouvrir chaque « Pourquoi ça marche ? », cherche ce que ces objets ont en commun.
Le point commun ? Aucun de ces objets n'a de valeur « en soi » pour celui qui le reçoit en paiement : on l'accepte parce qu'on est sûr que les autres l'accepteront à leur tour. Plus l'objet devient abstrait (orge, puis métal, puis papier, puis chiffre), plus cette confiance fait tout le travail.
Allemagne, 1923. En janvier, un pain coûte 250 marks. Fais ton pari pour novembre.
Barre en échelle logarithmique : chaque cran = prix × 10. Prix d'un pain à Berlin, d'après le Bundestag.

Même scénario : en novembre 2008, les prix y doublaient à peu près toutes les 25 heures (calcul de l'économiste Steve Hanke). Début 2009, la banque centrale imprime un billet de 100 000 milliards de dollars zimbabwéens. Quelques mois plus tard, le pays abandonne sa monnaie pour le dollar américain et le rand.

Reserve Bank of Zimbabwe, domaine public.
L'argent est le système de confiance mutuelle le plus universel jamais inventé.
Paraphrase de sa thèse : des gens qui ne partagent ni langue, ni religion, ni roi acceptent la même monnaie. Ils n'ont pas besoin de se faire confiance : ils font confiance à l'argent. Quand cette croyance s'effondre, le papier redevient du papier, comme à Berlin en 1923.
Ce qui fait débat. Les économistes ajoutent que la confiance ne flotte pas dans l'air : elle repose sur des institutions (une banque centrale, un État qui lève l'impôt dans sa monnaie, des tribunaux). L'hyperinflation de 1923 vient d'abord de choix politiques précis : payer les dettes de guerre et la grève de la Ruhr en imprimant des billets.
Harari distingue ce qui existe même si personne n'y croit (une rivière, un lion) et ce qui n'existe que parce que beaucoup de gens y croient ensemble. Trie les cartes.
Choisis une réponse pour la première carte.
Attention au mot « fiction ». Chez Harari, il ne veut pas dire « faux » ou « inutile ». Les droits de l'homme, l'euro ou la France sont des réalités très puissantes : elles existent parce que des millions de personnes agissent comme si elles existaient, et leurs effets sont bien réels (une loi, un salaire, une frontière). Les chercheurs parlent aussi de réalités intersubjectives.
Il y a environ 12 000 ans, au Proche-Orient, des chasseurs-cueilleurs deviennent agriculteurs. Progrès ou piège ? Pour chaque critère, parie sur le gagnant.
Pour lui, l'agriculture est « la plus grande escroquerie de l'histoire » : l'espèce dans son ensemble y gagne (bien plus d'humains), mais l'individu moyen travaille plus, mange moins varié et tombe plus souvent malade. Il retourne la question : ce n'est pas l'humain qui a domestiqué le blé, c'est le blé qui a domestiqué l'humain, en l'obligeant à épierrer, sarcler, arroser, et à rester près de ses champs.
Ce qui fait débat. Les archéologues rappellent que personne n'a « choisi » l'agriculture : la transition a pris des milliers d'années, par petits pas qui avaient chacun un avantage (réserves pour l'hiver, plus d'enfants, sécurité). L'image de chasseurs-cueilleurs oisifs et bien nourris s'appuie sur quelques peuples actuels et ne vaut pas partout. Mais le constat sur la santé des premiers agriculteurs (squelettes plus petits, plus de carences) est largement partagé.
Pour voir naître l'agriculture sur la carte : salle Préhistoire et La Terre fait l'histoire.
L'an 1. Deux empires géants, Rome et la Chine des Han, sans presque aucun contact direct. Révèle ligne par ligne ce qu'ils imposent à leurs peuples : que remarques-tu ?
| Empire romain | Chine des Han | |
|---|---|---|
| Une monnaie | Le denier d'argent circule de la Bretagne à l'Égypte. | La pièce wuzhu (à partir de 118 av. J.-C.), percée d'un trou carré pour être enfilée. |
| Une langue écrite | Le latin à l'ouest, le grec à l'est, pour l'armée, le droit, l'administration. | Une écriture unifiée depuis le premier empereur Qin (221 av. J.-C.) : on la lit même si on la prononce autrement. |
| Des routes | Des dizaines de milliers de kilomètres de voies pavées, avec bornes et relais. | Routes impériales, canaux, et la route de la soie vers l'ouest. |
| Une croyance commune | Culte de l'empereur, puis le christianisme, religion officielle en 380. | Le confucianisme devient la doctrine de l'État et de ses fonctionnaires. |
Trois forces ont rassemblé l'humanité en ensembles de plus en plus grands : l'argent, les empires et les religions universelles (bouddhisme, christianisme, islam). Chacune est un récit partagé qui fait coopérer des peuples qui ne se connaissent pas. Tu viens de les voir à l'œuvre en même temps à Rome et en Chine.
Ce qui fait débat. Plusieurs historiens trouvent ce tableau trop flatteur pour les empires : leur « unification » passe aussi par la conquête, l'esclavage et l'effacement de cultures entières. Le bilan dépend beaucoup du point de vue : celui de Rome, ou celui des peuples conquis.
Les frontières des empires siècle après siècle : L'Atlas des empires.
Compare deux manières de dessiner le monde. Laquelle donne envie de partir explorer ?

Approximation : intérieurs des continents, Pacifique, Australie et Antarctique restent inconnus des cartographes européens.
À partir du XVIe siècle, certains cartographes européens laissent des zones blanches au lieu d'inventer des monstres. Selon Harari, c'est l'esprit de la science moderne : avouer ce qu'on ne sait pas, puis aller voir, mesurer, et changer d'avis.
En 1768, la Royal Society et la marine britannique envoient James Cook à Tahiti observer le passage de Vénus devant le Soleil (3 juin 1769). Le même voyage cartographie la Nouvelle-Zélande et la côte est de l'Australie, bientôt colonisée.
En 1602, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) vend des parts à des milliers d'épargnants. Le crédit, explique Harari, est un pari collectif sur un avenir plus riche : on prête parce qu'on croit que le gâteau va grandir.
Ce qui fait débat. D'autres civilisations ont aussi pratiqué l'observation et le doute (astronomes de Bagdad et de Samarcande, savants chinois). Et l'idée d'une « révolution » unique vers 1500 est discutée par les historiens des sciences, qui voient plutôt une longue transformation. La suite : salle des Temps modernes.
Coche ce que tu as utilisé ou croisé depuis ce matin.