Le chiffre d’affaires
Ce qu’on a vendu, hors taxes, retours déduitsLa première ligne, celle qu’on annonce en réunion. Elle se calcule hors taxes : la TVA collectée sur le client appartient à l’État, pas à Kumo. Elle se calcule aussi nette des remises et des retours : une paire renvoyée n’a pas été vendue. Et elle ne dit rien de l’argent encaissé. Règle-la toi-même.

Groupon et son chiffre d’affaires gonflé
Dans son premier dossier d’introduction en Bourse, Groupon compte comme chiffre d’affaires la totalité du prix des bons de réduction vendus, alors qu’il en reverse une grosse part aux commerçants. Le gendarme boursier américain, la SEC, exige qu’il ne compte que sa commission. En septembre 2011, Groupon retraite ses comptes : son chiffre d’affaires 2010 passe d’environ 713 à 313 millions de dollars. L’entreprise est la même, seule la ligne a changé.
À retenir : brut ou net, la question change tout pour un intermédiaire. Demande toujours si le chiffre d’affaires annoncé inclut ce qui est reversé à d’autres.
Source : Groupon, Inc., formulaire S-1 amendé déposé auprès de la SEC, septembre 2011.
Hors taxes, toujours. En France, le taux normal de TVA est de 20 %. Sur 120 € payés, 20 € partent à l’État : Kumo vend 100 €.
Vendu n’est pas encaissé. Le chiffre d’affaires se constate quand le client reçoit le produit (norme IFRS 15, même logique en normes françaises). L’argent peut arriver bien plus tard : c’est le sujet du chapitre Cash.
La marge brute
Ce que rapporte chaque paire, avant de payer la maisonRetire du chiffre d’affaires le coût des produits vendus : fabrication, transport, droits de douane. Il reste la marge brute. Piège classique : « 50 % de marge » ne veut pas dire la même chose pour un commerçant et pour un financier. Le taux de marge se rapporte au coût d’achat, le taux de marque au prix de vente.

Costco, la marge brute volontairement basse
Le distributeur américain Costco s’impose une règle connue : ne pas vendre ses produits plus de 14 % au-dessus de leur coût, 15 % pour sa marque Kirkland. Sa marge brute est donc très faible pour un commerçant. Il gagne sa vie autrement : une grande partie de son résultat d’exploitation vient des cotisations annuelles de ses membres, qui reviennent parce que les prix sont bas.
À retenir : une marge brute faible n’est pas forcément un défaut : c’est parfois tout le modèle. Lis la marge brute avec la façon dont l’entreprise gagne réellement sa vie.
Source : Costco Wholesale, rapports annuels (part des cotisations dans le résultat) ; politique de marge exposée par sa direction dans la presse économique.
Les formules. Taux de marque = marge ÷ prix de vente HT. Taux de marge = marge ÷ coût d’achat HT. Coefficient multiplicateur = prix de vente TTC ÷ coût d’achat HT.
Dans un budget. Quand quelqu’un fixe un objectif de « 50 % de marge » sur un projet, il parle presque toujours du taux de marque : le projet doit coûter la moitié du prix facturé.
L’EBE
Ce que gagne le métier, avant les investissements et la detteDe la marge brute, on retire les charges qui font tourner la maison : salaires, loyers des boutiques, marketing, logiciels. Il reste l’excédent brut d’exploitation, l’EBE, que les Anglo-Saxons appellent à peu près EBITDA. C’est l’indicateur préféré des investisseurs pour juger un métier, parce qu’il ne dépend ni de la façon de financer l’entreprise ni de son rythme d’investissement.

WeWork et l’EBITDA « ajusté pour la communauté »
En 2018, pour emprunter sur les marchés, WeWork met en avant un « community adjusted EBITDA » : un EBE dont il retire notamment les frais de marketing, de développement et une partie des frais de structure. L’entreprise, en forte perte, paraît alors rentable immeuble par immeuble. En août 2019, son dossier d’introduction en Bourse est examiné de près par les investisseurs ; l’opération est abandonnée fin septembre. WeWork se déclare en faillite en novembre 2023.
À retenir : un EBE « ajusté » retire ce que la direction juge exceptionnel. Regarde toujours ce qui a été retiré, et si ça revient chaque année.
Source : WeWork, documentation de l’émission obligataire d’avril 2018 et formulaire S-1 d’août 2019 ; procédure de faillite du 6 novembre 2023.
Le métier, rien que le métier. Deux concurrents, l’un endetté, l’autre non, peuvent avoir le même EBE. C’est pour cela qu’on valorise souvent une entreprise en multiple d’EBE.
Pour un manager. Les salaires sont souvent la plus grosse ligne. Un recrutement, c’est de la marge brute qu’il faudra produire chaque année.
Les amortissements
Un investissement se répartit sur les années où il sertKumo dépense 600 k€ pour aménager une quatrième boutique. Cet argent sort d’un coup, mais la boutique servira plusieurs années. La comptabilité étale donc la dépense sur sa durée d’utilisation : c’est la dotation aux amortissements. EBE moins amortissements, on obtient le résultat d’exploitation. Compare les deux façons de voir.

WorldCom transforme des charges en investissements
En juin 2002, WorldCom, deuxième opérateur longue distance des États-Unis, annonce avoir enregistré en investissements environ 3,8 milliards de dollars de charges courantes, essentiellement des frais de location de lignes. Immobilisées, ces dépenses disparaissaient des charges de l’année pour être étalées en amortissements : l’EBE et le résultat paraissaient bien meilleurs. La fraude totale dépassera 11 milliards. WorldCom dépose le bilan en juillet 2002, et son PDG est condamné en 2005.
À retenir : la frontière entre charge et investissement change l’EBE et le résultat de l’année. Un investissement doit servir plusieurs années ; sinon c’est une charge.
Source : communiqué de WorldCom du 25 juin 2002 ; rapport du comité spécial d’enquête du conseil d’administration de WorldCom, mars 2003.
Ce n’est pas un choix libre. Un investissement durable doit être immobilisé et amorti sur sa durée d’utilisation. La ligne « tout en charge » sert ici à voir ce que l’amortissement lisse.
L’argent, lui, est parti. L’amortissement ne sort pas de la caisse : les 600 k€ ont été payés le jour des travaux. D’où l’écart entre résultat et trésorerie.
Le résultat net
Après les banques et l’État, ce qui revient aux associésAu résultat d’exploitation, on retire les frais financiers (les intérêts de la dette), puis l’impôt sur les sociétés : 25 % en France au taux normal. Ce qui reste est le résultat net, la dernière ligne, celle qui peut être distribuée ou réinvestie. Fais varier la dette de Kumo et regarde toute la cascade bouger.

Starbucks et l’impôt britannique
En octobre 2012, une enquête de l’agence Reuters révèle que Starbucks n’a payé qu’environ 8,6 millions de livres d’impôt sur les sociétés au Royaume-Uni en quatorze ans d’activité. Redevances de marque versées à une filiale néerlandaise, café acheté via une filiale suisse, prêts internes : le résultat imposable britannique était presque effacé. Face à la colère des clients, Starbucks annonce en décembre 2012 qu’il versera volontairement 20 millions de livres sur deux ans.
À retenir : le résultat avant impôt d’un pays dépend aussi de la façon dont un groupe répartit ses profits. Et l’impôt a une dimension de réputation que le compte de résultat ne montre pas.
Source : Reuters, « How Starbucks avoids UK taxes », 15 octobre 2012 ; annonce de Starbucks UK, décembre 2012.
Le taux réduit. Les PME éligibles paient 15 % sur leurs premiers 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà. Le simulateur applique 25 % partout pour rester lisible.
L’effet de levier. La dette coûte des intérêts mais permet de grandir sans faire entrer de nouveaux associés. Le module Finance y revient.
Chiffre d’affaires
Hors taxes, net des retours, constaté à la livraison.
Marge brute
Taux de marque sur le prix, taux de marge sur le coût. Préciser lequel.
EBE
Le métier seul, avant investissements, dette et impôt.
Amortissements et net
L’investissement s’étale, la dette et l’impôt passent, il reste le résultat net.
Ton compte de résultat en 5 minutes
Atelier Un outil à réutiliser sur ta propre entreprise ou ton serviceÀ toi. Reporte les grandes lignes du compte de résultat de ton entreprise, d’un service ou d’un projet, en milliers d’euros. L’outil reconstruit la cascade, calcule les trois marges qui comptent et signale ce qui doit t’alerter. Tu peux partir d’un exemple. Tout est sauvegardé dans ton navigateur.
Ta synthèse
Remplis les lignes, ou charge un exemple.
Où trouver les chiffres. Dans la liasse fiscale ou les comptes annuels : « achats consommés » et variation de stock pour le coût des ventes, « autres achats et charges externes », « salaires et traitements » plus « charges sociales ».
Simplifié, volontairement. L’outil ignore subventions, production stockée et éléments exceptionnels. Ajoute les subventions d’exploitation au chiffre d’affaires si elles sont récurrentes, en le notant.
Pour aller plus loin
- Autorité des normes comptables, règlement ANC n° 2014-03 relatif au plan comptable général.
- IASB, IFRS 15 « Produits des activités ordinaires tirés de contrats conclus avec des clients », 2014.
- Code général des impôts, article 219 (taux de l’impôt sur les sociétés) et article 278 (taux normal de TVA).
- Pierre Vernimmen, Pascal Quiry, Yann Le Fur, Finance d’entreprise, Dalloz, édition annuelle.
- WeWork Companies Inc., documentation de son émission obligataire d’avril 2018 (« community adjusted EBITDA »).