Fashion Geek MBA
Fashion GeekMBA · Module 2 · Lire les chiffres · 6 étapes

Les bons indicateurs

Un tableau de bord de quarante lignes ne pilote rien : personne ne le lit. Un bon tableau de bord tient en quelques chiffres, chacun comparé à quelque chose, mesuré au bon endroit et découpé au bon niveau. Cinq règles, appliquées à Kumo, une marque française de baskets vendue en ligne et dans trois boutiques.

La revue mensuelle de Kumo, 60 minutes
20Suivis
3 minChacun
nonOn décide ?

À vingt indicateurs, chacun reçoit trois minutes : on lit, on ne décide pas.

Commencer35 min · niveau école de commerce
moins de chiffres, mieux regardés
01

Trois à cinq indicateurs

Ce qu’on suit tous les mois doit tenir sur une main

Robert Kaplan et David Norton ont popularisé en 1992 le tableau de bord prospectif, qui équilibre l’argent, les clients, les processus et l’apprentissage. Leur leçon la plus utile tient dans le nombre : peu d’indicateurs, mais qui couvrent les différentes faces de l’activité. Le reste se consulte au besoin. À toi de composer celui de Kumo.

Un tableau de bord à quatre cadrans ; une figurine pousse de côté un tas de petits cadrans.
Le comité de direction de Kumo veut un tableau de bord mensuel. Le contrôleur de gestion propose vingt indicateurs. Garde-en trois à cinq, qui disent ensemble si l’entreprise gagne de l’argent, garde ses clients et tourne bien.
Retenus0
Minutes chacun–
Faces couvertes0 / 3
garde entre 3 et 5 indicateurscouvre l’argent, les clients et les opérationsaucun indicateur de vanité
Les 60 minutes de la revue, partagées entre tes indicateurs
Cas réel · 1999

Google adopte les OKR à quarante personnes près

En 1999, l’investisseur John Doerr présente aux fondateurs de Google la méthode qu’il a apprise chez Intel auprès d’Andy Grove : quelques objectifs par trimestre, chacun suivi par trois à cinq résultats clés mesurables, visibles par toute l’entreprise. Larry Page et Sergey Brin l’adoptent alors que Google n’est encore qu’une petite start-up. La méthode, les OKR, accompagne ensuite toute la croissance de l’entreprise.

À retenir : peu d’indicateurs, rattachés à un objectif clair, valent mieux qu’un tableau exhaustif que personne ne lit.

Source : John Doerr, Measure What Matters, Portfolio, 2018.

Un indicateur, un propriétaire. Chaque chiffre du tableau a un responsable qui sait l’expliquer et agir dessus. Sans propriétaire, c’est de la décoration.

Avancés et retardés. Le résultat est un indicateur retardé : il constate. Le taux de réachat ou les ruptures de stock annoncent le résultat des mois suivants.

02

Un chiffre seul ne dit rien

Toujours le comparer à une norme

« Le taux de retour est de 18 % ce mois-ci. » C’est bien ou c’est grave ? Impossible à dire tant qu’on ne le compare à rien. Trois références classiques : l’historique (est-ce que ça s’améliore ?), l’objectif (est-ce qu’on tient le plan ?) et les entreprises comparables (est-ce qu’on fait mieux que les autres ?). Le même chiffre peut être bon pour l’une et mauvais pour l’autre.

Une figurine mesure une basket sur une règle, à côté d’une rangée de baskets de référence.
Taux de retour des commandes en ligne de Kumo : 18 %. Ajoute une à une les trois références sur le graphique, puis rends ton verdict.
Il y a un an?
Objectif?
Comparables (moy.)?
Ton verdict sur ces 18 % :
ajoute les trois référencesrends ton verdict
Taux de retour mensuel, sur 12 mois
Cas réel · 1979

Xerox découvre la norme de ses concurrents

À la fin des années 1970, Xerox perd du terrain sur le marché des copieurs. En regardant de près les produits japonais, l’entreprise constate que ses concurrents les vendent à un prix proche de ce que coûte à Xerox la fabrication des siens. En 1979, elle lance un programme systématique de comparaison avec les meilleurs, processus par processus : le benchmarking.

À retenir : un chiffre comparé à son seul historique peut sembler bon pendant que le marché, lui, avance beaucoup plus vite.

Source : Robert C. Camp, Benchmarking, ASQC Quality Press, 1989.

Le bon format de revue. Pour chaque indicateur : la valeur, l’écart à l’objectif, la tendance sur douze mois. Trois colonnes suffisent à lancer la bonne discussion.

Attention aux comparables. Comparer Kumo à une marque de luxe ou à un géant du prêt-à-porter n’a pas de sens. La norme doit venir d’entreprises au modèle proche.

03

Mesurer l’immesurable

Un indicateur indirect, et ses limites

La satisfaction des clients, la qualité d’une marque, l’engagement d’une équipe : rien de cela ne se lit dans la comptabilité. Douglas Hubbard le rappelle dans How to Measure Anything (2007) : tout ce qui compte laisse des traces observables. On choisit alors un indicateur indirect, un proxy. Il faut qu’il bouge vraiment avec ce qu’on veut savoir, et il faut surveiller le jour où il s’en détache.

Une figurine lit un seul thermomètre planté dans un pot pour juger toute une serre.
Kumo veut suivre la satisfaction de ses clients. Choisis l’indicateur indirect le plus fiable. Puis promets une prime à l’équipe si ce chiffre monte, et regarde ce qui se passe.
aucune
Proxy suivi–
Satisfaction réelle–
Écart–
choisis un proxy fiablemets une forte prime dessus
Le proxy et la satisfaction réelle, sur 12 mois
Cas réel · 2003

Le Net Promoter Score, un proxy devenu star

En 2003, Fred Reichheld propose dans la Harvard Business Review de mesurer la fidélité avec une seule question : « Recommanderiez-vous cette entreprise à un ami ? », notée de 0 à 10. Le Net Promoter Score se répand dans les comités de direction. En 2007, une équipe de chercheurs teste l’affirmation sur des données réelles et ne trouve pas qu’il prédise mieux la croissance que d’autres mesures de satisfaction.

À retenir : un proxy est utile tant qu’on vérifie qu’il bouge avec ce qu’on veut savoir. Sa popularité n’est pas une preuve.

Source : Frederick F. Reichheld, « The One Number You Need to Grow », Harvard Business Review, décembre 2003 ; Timothy Keiningham et coll., Journal of Marketing, juillet 2007.

Deux proxys valent mieux qu’un. Réachat et note des avis ne se truquent pas de la même façon. S’ils divergent, il faut aller voir.

La loi de Goodhart. Un indicateur devenu objectif cesse d’être un bon indicateur. Elle est expérimentée en détail dans les lois cachées de l’entreprise.

04

Segmenter avant de conclure

Une moyenne globale peut mentir sur chaque partie

Un taux global mélange des populations différentes. Si leur poids change, le total peut baisser alors que chaque partie progresse. C’est le paradoxe de Simpson, décrit par le statisticien Edward Simpson en 1951. Le cas célèbre : en 1973, l’université de Berkeley semblait admettre moins de femmes que d’hommes, alors que la plupart des départements, pris un par un, ne les désavantageaient pas. Les femmes postulaient davantage dans les départements les plus sélectifs.

Une foule mélangée de figurines, puis les mêmes réparties par couleur sur trois petits plateaux.
Kumo a lancé un nouveau site au deuxième trimestre. Le taux de conversion global est passé de 3,4 % à 2,4 %. Le directeur commercial veut revenir à l’ancien site. Regarde les chiffres par canal avant de trancher.
Conversion T13,4 %
Conversion T22,4 %
Visites T280 000
Le nouveau site convertit-il moins bien ?
découpe par canaltranche
Taux de conversion global
Cas réel · 1986

Les calculs rénaux et le paradoxe de Simpson

Une étude britannique compare deux techniques pour retirer des calculs rénaux. Au total, la technique la moins invasive réussit plus souvent : 83 % contre 78 %. Pourtant, pour les petits calculs comme pour les gros, c’est la chirurgie ouverte qui fait mieux : 93 % contre 87 %, puis 73 % contre 69 %. La raison : la chirurgie ouverte recevait surtout les cas difficiles, les gros calculs.

À retenir : avant de comparer deux taux globaux, vérifie que les deux groupes ont la même composition.

Source : C. R. Charig et coll., British Medical Journal, 1986 ; S. A. Julious et M. A. Mullee, British Medical Journal, 1994.

Les découpes utiles. Par canal, par produit, par boutique, par ancienneté du client. Une découpe vaut la peine dès que les groupes se comportent différemment.

Les cohortes. Suivre ensemble les clients arrivés le même mois évite de mélanger les nouveaux, peu fidèles, et les anciens, très fidèles.

05

Vanité, bon sens, réalité

Le chiffre d’affaires flatte, la marge renseigne, le cash décide

Eric Ries appelle « indicateurs de vanité » ceux qui montent toujours et font plaisir sans aider à décider (The Lean Startup, 2011). Le chiffre d’affaires en fait souvent partie : on peut le gonfler en bradant. Le dicton des financiers résume la hiérarchie : le chiffre d’affaires est une vanité, la marge du bon sens, la trésorerie la réalité. Teste-le sur une campagne de promotions.

Une figurine se regarde dans un miroir sur un gros bloc creux ; à côté, un bloc turquoise plus petit mais plein.
Kumo vend 50 000 paires par an à 120 €. Chaque paire coûte 40 € à fabriquer et 15 € en logistique et publicité. Les frais fixes sont de 2,5 M€. Plus la remise est forte, plus on vend. Pousse la remise jusqu’à faire exploser le chiffre d’affaires, puis choisis le niveau que tu garderais.
0 %
Chiffre d’affaires6,0 M€
Résultat0,75 M€
Trésorerie dégagée0,75 M€
pousse le chiffre d’affaires à son maximumgarde la remise qui maximise le résultat
Selon la remise : chiffre d’affaires, résultat, trésorerie (M€)
Cas réel · 2018

MoviePass : trois millions d’abonnés, et la faillite

En août 2017, MoviePass ramène son abonnement à 9,95 dollars par mois pour une séance de cinéma par jour. En moins d’un an, le service dépasse trois millions d’abonnés. Mais il paie presque chaque billet au prix normal aux salles : chaque abonné actif coûte plus qu’il ne rapporte, et plus le service grandit, plus il perd. MoviePass ferme en septembre 2019.

À retenir : le nombre d’abonnés était une vanité. La marge par abonné disait la vérité dès le premier mois.

Source : Helios and Matson Analytics, rapports financiers 2018 ; annonce de fermeture de MoviePass, septembre 2019.

Pourquoi la trésorerie baisse plus vite. Vendre plus de paires oblige à en stocker davantage avant de les vendre. Ce stock est payé avant d’être encaissé.

Les autres vanités. Abonnés, téléchargements, pages vues, nombre de clients inscrits : utiles seulement s’ils sont reliés à un comportement qui rapporte.

Trois à cinq

Peu d’indicateurs, chacun avec un propriétaire, qui couvrent l’argent, les clients et les opérations.

Normes

Toujours un chiffre face à l’historique, à l’objectif et à des comparables.

Proxys et segments

Deux proxys plutôt qu’un, et découper avant de conclure.

Vanité

Le chiffre d’affaires flatte, la marge renseigne, la trésorerie décide.

06

Construis ton tableau de bord

Atelier Un outil à réutiliser sur ton propre pilotage

À toi. Pars d’un objectif réel, le tien, celui d’un programme ou d’une équipe, et choisis trois à cinq indicateurs. Pour chacun : est-il avancé (il annonce) ou retardé (il constate) ? Quelle cible, comparée à quoi ? Et quel contre-indicateur t’alertera si l’équipe atteint la cible en trichant avec la réalité ? L’outil contrôle la qualité du tableau. Tout est sauvegardé dans ton navigateur.

Partir d’un exemple
écris ton objectiftrois à cinq indicateurs completsau moins un avancé et un retardéun contre-indicateur pour chacun
Où en est chaque indicateur par rapport à sa cible
Qualité–
Sur la cible–
Avancés–

Ta synthèse

Remplis au moins trois indicateurs pour voir le contrôle qualité.

Pour aller plus loin

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