Fashion Geek MBA
Fashion GeekMBA · Module 6 · Marketing · 6 étapes

Réseaux sociaux et créateurs

Sur TikTok, Instagram Reels ou YouTube Shorts, ce ne sont plus tes abonnés qui décident de ta portée, c’est l’algorithme. Il teste chaque vidéo sur quelques centaines de personnes, puis l’envoie plus loin si elle retient l’attention. Tu vas faire tourner ce moteur avec Kumo, une marque française de baskets, puis travailler avec les clients, les créateurs et une communauté, avant de bâtir ton propre plan.

Une vidéo, vague après vague
1Vague
400Vues
800Abonnés

Un compte de 800 abonnés, une vidéo qui retient : chaque vague est cinq fois plus grande que la précédente.

Commencer40 min · niveau école de commerce
la distribution par vagues
01

Le graphe d’intérêt

La portée se gagne vidéo par vidéo, pas abonné par abonné

Longtemps, les réseaux ont fonctionné sur le graphe social : tu voyais ce que publiaient les gens et les marques que tu suivais. Les plateformes de vidéo courte fonctionnent sur le graphe d’intérêt : chaque vidéo est d’abord montrée à un petit groupe, puis poussée vers des groupes plus larges si les gens restent, la regardent jusqu’au bout et la partagent. Règle le nombre d’abonnés de Kumo et la qualité de la vidéo, puis regarde jusqu’où elle va.

Un mécanisme d’horlogerie transparent qui trie des cartes : certaines montent, d’autres tombent.
Une vidéo de 20 secondes : la nouvelle Kumo testée sous la pluie. Chaque vague est cinq fois plus grande que la précédente, à condition que la vidéo passe le seuil de qualité de cette vague.
10 000
50 % restent 3 s
25 % jusqu’au bout
4 pour 1 000 vues
Vues–
Vagues–
Non-abonnés–
avec 1 000 abonnés ou moins, dépasse 100 000 vuesavec 500 000 abonnés ou plus, reste bloqué à la première vague
Vues par vague (échelle logarithmique)
Cas réel · 2020

TikTok explique son fil « Pour toi »

En juin 2020, TikTok publie une note qui décrit son système de recommandation. Il s’appuie sur les interactions de l’utilisateur (vidéos regardées jusqu’au bout, aimées, partagées, comptes suivis), sur les informations de la vidéo (sons, hashtags, légendes) et, plus faiblement, sur les réglages de l’appareil. La plateforme précise que ni le nombre d’abonnés ni le succès passé d’un compte ne sont des facteurs directs de la recommandation.

À retenir : un petit compte peut toucher des millions de personnes, et un gros compte peut faire un flop. Chaque contenu repart presque de zéro.

Source : TikTok Newsroom, « How TikTok recommends videos #ForYou », 18 juin 2020.

Les trois premières secondes. Si le spectateur fait défiler tout de suite, la vidéo s’arrête là. On commence par le moment fort, pas par le logo.

Un moteur à retenir l’attention. Ces systèmes optimisent le temps passé, y compris chez les plus jeunes. Le règlement européen sur les services numériques (DSA) interdit aux plateformes la publicité ciblée par profilage des mineurs et leur impose d’évaluer les risques de leurs algorithmes.

02

Le contenu des clients

La meilleure publicité est postée par quelqu’un qui a payé

Les clients qui photographient leurs baskets, filment un déballage ou racontent leur premier marathon produisent ce qu’on appelle le contenu généré par les utilisateurs (UGC). Il coûte peu, il rassure plus qu’un visuel de studio, et les plateformes le mettent volontiers en avant. Mais il appartient à son auteur : le réutiliser sur une fiche produit ou dans une publicité suppose son accord. Kumo a besoin de 60 visuels par mois.

De nombreuses figurines photographient la même basket posée au centre.
60 visuels par mois. Un visuel de studio coûte environ 400 €. Un client dont on reprend la photo reçoit un bon d’achat de 25 €. Environ un contenu client sur trois est assez beau pour être réutilisé.
60 clients / mois
30 % sollicités
Pour réutiliser une photo de client, Kumo…
Coût mensuel–
Visuels clients–
Risque–
au moins la moitié des visuels venant des clients, avec leur accordregarde ce qui se passe si on reprend sans demander
Les 60 visuels du mois : studio ou clients
Cas réel · 2015

« Shot on iPhone » : les clients signent les affiches

En 2015, Apple lance une campagne mondiale d’affichage composée de photos prises par des utilisateurs avec leur iPhone, chaque image étant créditée du nom de son auteur. La campagne devient un rendez-vous récurrent, avec des concours annuels. En 2019, après des critiques sur la rémunération des photographes, Apple annonce que les lauréats de son concours seront payés pour l’utilisation de leurs images.

À retenir : le contenu des clients est une preuve plus forte qu’un visuel de studio. Il se crédite, se demande et, à grande échelle, se rémunère.

Source : Apple Newsroom, campagne « Shot on iPhone » (2015) et « Shot on iPhone Challenge » (janvier 2019).

Le droit d’auteur et le droit à l’image. Une photo publiée par un client reste son œuvre, et les personnes visibles ont un droit sur leur image. Un message de demande, une réponse écrite et une mention de crédit suffisent souvent.

Susciter sans acheter. Un hashtag de marque, un emballage qu’on a envie de filmer, une rubrique qui met les clients en avant : le contenu client se provoque bien plus qu’il ne se commande.

03

Créateurs et influence

Petits comptes engagés ou grandes audiences : ce n’est pas le même achat

Travailler avec des créateurs, c’est louer leur crédibilité auprès d’une audience. Les très gros comptes apportent de la portée ; les petits comptes spécialisés apportent souvent un engagement plus fort pour moins cher. En France, depuis la loi du 9 juin 2023, toute collaboration rémunérée doit porter clairement la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale ». Kumo dispose de 20 000 € pour le lancement de sa nouvelle paire.

Une figurine sur une petite scène avec un anneau lumineux et une caméra, face à un public.
20 000 € à répartir. Ordres de grandeur pour une publication : nano (moins de 10 000 abonnés) 150 €, micro (10 000 à 100 000) 800 €, macro (100 000 à 1 million) 6 000 €, méga (plus d’un million) 25 000 €.
0
0
0
0
Dans les publications, la mention commerciale est…
Budget0 €
Portée0
Coût / engagement–
touche 300 000 personnes sans dépasser 20 000 €fais-le à moins de 1 € par engagement, avec une mention conforme
Ce que rapporte chaque catégorie de créateurs
Cas réel · 2023

La France encadre l’influence commerciale

Après des contrôles de la DGCCRF qui avaient relevé des manquements chez une majorité des influenceurs contrôlés, et plusieurs affaires de promotion de produits douteux, le Parlement adopte à l’unanimité une loi promulguée le 9 juin 2023. Elle définit l’influence commerciale, impose la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale », signale les images retouchées ou virtuelles, interdit la promotion de la chirurgie esthétique ou de l’abstention thérapeutique, encadre celle des produits financiers et rend la marque solidairement responsable des manquements du créateur qu’elle paie.

À retenir : une collaboration non signalée n’est plus une maladresse, c’est une pratique commerciale trompeuse, et l’annonceur est engagé avec le créateur.

Source : loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux.

Mesurer autre chose que les vues. Codes promo dédiés, liens suivis, hausse des recherches de la marque : sans mesure, on paie la notoriété du créateur, pas ses résultats.

Choisir un créateur, c’est choisir son public. Vérifier l’âge et l’authenticité de l’audience (faux abonnés, achats d’engagement) avant de signer, surtout quand le produit s’adresse à des adolescents.

04

Louer une audience ou bâtir une communauté

Tes abonnés appartiennent à la plateforme

Une audience sur un réseau social est louée : la plateforme décide combien de tes abonnés verront ce que tu publies, et elle peut changer la règle du jour au lendemain. Une communauté possédée (liste d’e-mails, groupe WhatsApp, serveur Discord, club de membres) grandit plus lentement mais reste joignable. Kumo part de 20 000 abonnés et de 2 000 membres de son club de course. Répartis l’effort sur deux ans, et déclenche le changement d’algorithme.

Des figurines assises en cercle autour d’un feu de camp turquoise.
Deux ans d’animation. Sur le réseau, 12 % des abonnés voient une publication. Dans le club, 45 % des membres lisent et participent.
20 % de l’effort
Au mois 12, la plateforme change son algorithme
Touchés / mois 11–
Touchés / mois 13–
Portée gardée–
subis le changement d’algorithmegarde plus de 60 % de ta portée après le choc
Personnes réellement touchées chaque mois
Cas réel · depuis 2008

LEGO Ideas : les fans proposent, la marque édite

Lancé au Japon en 2008 sous le nom de LEGO Cuusoo, devenu LEGO Ideas en 2014, le programme permet à n’importe quel fan de proposer un modèle. Un projet qui réunit 10 000 soutiens est examiné par LEGO ; s’il est retenu et commercialisé, son créateur touche 1 % des ventes nettes du coffret. La communauté produit des idées, les teste par ses votes et en assure la promotion avant même la sortie.

À retenir : une communauté qu’on possède ne sert pas seulement à diffuser : elle crée, filtre et défend la marque.

Source : LEGO Ideas, règles du programme et historique (ideas.lego.com).

Janvier 2018. Mark Zuckerberg annonce que le fil de Facebook privilégiera les publications des amis et de la famille. Pour beaucoup de marques et de médias, la portée organique des pages s’effondre du jour au lendemain.

D’un blog à une marque. Glossier est née en 2014 de la communauté de lectrices du blog Into the Gloss, ouvert en 2010 par Emily Weiss : les produits ont été conçus à partir de ce que la communauté demandait.

05

La viralité

Au-dessus de 1, ça explose ; en dessous, ça s’éteint

Un contenu ou un produit se propage quand chaque personne touchée en amène plus d’une autre. Ce nombre s’appelle le coefficient viral K : invitations envoyées par personne multipliées par le taux d’acceptation. Le temps de cycle, le délai entre l’arrivée d’une personne et celle de ses invités, fixe la vitesse. Kumo lance un défi « 100 km en Kumo » avec 1 000 premiers participants.

Une étincelle turquoise passe d’une figurine à deux autres, puis à quatre.
Le défi « 100 km en Kumo ». Chaque participant peut défier ses amis. Combien en invite-t-il, combien acceptent, et en combien de jours ?
3 par participant
20 %
7 jours
Coefficient K–
Au jour 60–
Dynamique–
fais passer K au-dessus de 1atteins 100 000 participants en 60 jours
Participants cumulés sur 60 jours (échelle logarithmique)
Cas réel · 1996

Hotmail et la ligne qui a inventé le marketing viral

Lancée en juillet 1996, la messagerie gratuite Hotmail ajoute en bas de chaque e-mail envoyé une phrase invitant le destinataire à créer son propre compte gratuit. Chaque utilisateur devient un diffuseur sans le vouloir. En moins de deux ans, le service rassemble plusieurs millions d’utilisateurs avec un budget de communication modeste, et Microsoft le rachète fin 1997. Le fonds qui l’avait financé, Draper Fisher Jurvetson, popularise à cette occasion l’expression « marketing viral ».

À retenir : la viralité la plus solide est intégrée à l’usage du produit, elle ne dépend pas d’un coup de chance.

Source : Steve Jurvetson et Tim Draper, « Viral Marketing », 1997 ; annonce du rachat par Microsoft, décembre 1997.

Cas réel · 2017

Pepsi retire sa publicité en 24 heures

En avril 2017, Pepsi diffuse un film où une célébrité apaise une manifestation en tendant une canette à un policier. Le film est accusé de récupérer les mouvements de protestation, et la critique se propage en quelques heures sur les réseaux. Dès le lendemain, Pepsi retire la publicité et publie des excuses.

À retenir : la viralité marche aussi contre toi. Prévoir qui décide et en combien de temps, retirer vite et s’excuser sans se justifier limite les dégâts.

Source : communiqué de PepsiCo, 5 avril 2017.

K rarement durable au-dessus de 1. La plupart des croissances virales finissent par saturer leur public. Un K de 0,5 reste précieux : il ajoute 50 % de clients gratuits à chaque client acquis.

Raccourcir le cycle accélère tout : inviter au moment où l’on vit l’expérience, pas une semaine après.

06

Ton plan réseaux sociaux

Atelier Un outil à réutiliser pour ta marque ou ton programme

À toi. Choisis ta cible et ton objectif, les plateformes, ton rythme de publication et la part du budget confiée aux créateurs. L’outil évalue l’adéquation des plateformes, estime une portée et des engagements (remplace les hypothèses par tes propres chiffres), dessine un calendrier sur quatre semaines et vérifie la conformité. Tout est sauvegardé dans ton navigateur.

Partir d’un exemple
Cible principale
Objectif
Plateformes (plusieurs choix · ●●● = très adaptée à ta cible)
3 / semaine
20 % des posts
20 % des posts
Conformité et protection
nomme ta marque ou ton programmechoisis cible, objectif, au moins une plateforme et un budgetcoche les six points de conformité
Ton mois de publication
Portée / mois–
Engagements–
Conformité–

Ta synthèse

Remplis l’outil (ou charge un exemple) pour voir le plan.

Algorithme

La portée se gagne contenu par contenu : les trois premières secondes et le visionnage complet décident.

Clients et créateurs

Le contenu client rassure, avec accord. Les petits créateurs engagent souvent plus pour moins cher, et la mention « Publicité » est obligatoire.

Communauté

Louer une audience, c’est dépendre de la plateforme. Une partie de l’effort va à un canal qu’on possède.

Viralité

K au-dessus de 1 et cycle court pour exploser ; un plan de crise prêt pour le jour où ça part dans l’autre sens.

Pour aller plus loin

L’univers Fashion Geek